Sur le chemin de la Mâture
Le 17 juillet 2012 | par Rémy Dodet, Sud Ouest. Photos David le Déodic
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C’est à Etsaut, à surplomb du fort du Portalet (64), que s’élance l’audacieux chemin de la Mâture, témoin d’une histoire forestière compliquée.
«A la cabane Sescoue ? J’y montais sur le dos de mon âne. Confier sa vie à un bourricot. Diable ». « Et vous n’aviez pas peur ? Oh non. Croyez-moi, il avait l’instinct le mulet. Il savait où il mettait les pieds ». Du haut de ses 86 ans, l’Etsautoise Martine Passette peine à restituer son passé de bergère.
Mais le chemin de la Mâture, l’octogénaire l’a gravé dans sa mémoire, elle qui l’a maintes fois arpenté pour conduire vaches et brebis pâturer vers de plus vertes hauteurs. Et pourtant, ce chemin, qui servait au XVIIIe siècle à acheminer les futurs mâts de la marine royale dans la vallée, la bergère aurait pu ne jamais l’emprunter. Non pas à cause de la hardiesse des travaux nécessaires à son creusement sur le flanc de la falaise. Mais plutôt à cause d’anciennes réticences locales.
L’histoire remonte au XVIIe siècle. À l’époque, le bois essentiel à la confection des mâts de ses navires de guerre, la marine le puise dans le nord du royaume. Mais les guerres incessantes qui ravagent ces terres compliquent son importation. Soucieux d’exaucer le rêve de Louis XIV de bâtir une grande marine royale, le ministre Colbert se tourne vers les forêts pyrénéennes.
Avec le gave d’Oloron et le port de Bayonne, la région offre un terrain propice au convoi de la Mâture. Démarrée dans les années soixante-dix, l’exploitation forestière du massif s’interrompt vers 1720.
Trente ans plus tard, au moment où la monarchie désire la généraliser, se pose le problème de son acceptation par les Béarnais. « Les chemins qui ne devraient servir qu’à la Mâture les indigènes n’en veulent pas et le manifestent », explique l’historienne Andrée Corvol . Comment ? Les responsables de la construction navale le mentionnent dans une correspondance datée de 1768 : « les habitants des communautés d’Osse, de Lées et Atas ont l’habitude d’emporter le bois mort de la forêt d’Issaux en le traînant par les chemins pratiqués pour l’exploitation de la Mâture, ce qui causeroit à ces chemins des dégradations considérables ».

L’intendant Antoine Mégret d’Etigny s’emploie à vanter auprès des gens du pays les avantages financiers qu’ils pourraient tirer de la coupe des sapins
Ces entraves à leur projet, les pouvoirs publics s’en seraient bien passés, eux qui n’ont pas de temps à perdre. Les forêts du Nord et de Franche Comté s’épuisant, le filon béarnais doit donner sa pleine mesure. L’on choisit alors le compromis. Et l’intendant Antoine Mégret d’Etigny s’emploie à vanter auprès des gens du pays les avantages financiers qu’ils pourraient tirer de la coupe des sapins. C’est finalement cet argument qui mettra en sourdine l’indiscipline des Pyrénéens, appâtés par la promesse d’un revenu non négligeable et l’espoir que l’activité économique de la vallée se développe.
Après avoir encadré les coupes d’arbres dans les forêts d’Issaux et du Bénou, l’ingénieur Paul Marie Leroy cible le bois du Pacq, situé à 1 500 mètres au-dessus des gorges de l’Enfer. C’est à lui que l’on confiera la tâche quasi herculéenne de relier ce dernier à la vallée.
On fut obligé de suspendre des hommes avec des cordes pour aller percer des trous et y poser des fleuret
De 1770 à 1772, l’ingénieur envoya des ouvriers chevronnés défier les lois de l’apesanteur. « On fut obligé de suspendre des hommes avec des cordes pour aller percer des trous et y poser des fleurets », écrit-il dans son mémoire sur les travaux de la Mâture, où il évoque « l’horreur du lieu » et des « spectacles effrayants ». Effrayant, le chemin de la Mâture l’est encore pour qui s’y engouffre. Mais a pourtant beaucoup à offrir. D’affolants panoramas bien sûr, un profond sentiment de respect et l’envie soudaine de moquer l’existence. De loin, il ressemble à une fine balafre sur le ventre d’un colosse. De près, les pierres roulent sous vos pieds. Et avivent l’étrange impression de n’être, si près du précipice, pas vraiment à sa place.
Ce qui a changé ici ? « Il y avait moins de touristes, et le chemin était plus praticable, jure Martine Passette. Et lorsque son passé de bergère refera surface, il sera temps pour elle de songer à ses lointains aïeux. Des montagnards, qui du chemin de la Mâture, ne voulaient guère.
Pour s’y rendre
De Pau, prendre la RN 134 en direction du col de Somport via Oloron-Sainte-Marie. Arriver à Etsaut. Puis suivre la direction chemin de la Mâture. La traversée du sentier dure environ 1h15.
Le chemin de la Mâture est aussi l’une des voies qu’emprunte la 14e étape du GR10. Depuis Etsaut, celle-ci mènera le randonneur au refuge d’Ayous. Durée : 6h30




daniel du16
27/07/2012 | 19 h 16 min
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