Quand le fromager se fait berger d’un été en vallée d’Aspe
Le 11 juillet 2012 | par Rémy Dodet, Sud Ouest
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Chaque été depuis deux ans, un fromager du Lot investit la cabane d’Ardinet.
A la cabane d’Ardinet, à une petite heure de marche du refuge de l’Aberouat logé sur les hauteurs de Lescun (64), il faut s’y reprendre à deux fois pour déranger le berger qui habite le lieu. « Ça fait longtemps que vous frappez à la porte ? » s’enquit d’emblée Frédéric Geunot, avant de prier qu’on l’excuse de sa sieste. Vêtu comme il se doit de son habit de berger – béret noir sur la tête et bâton à la main -, le gardien des lieux extirpe avec plaisir sa fine silhouette de sa toute aussi fine demeure.
Chaque été depuis deux ans, ce fromager de Rudelle, dans le Lot, remplace Pierre Claveranne, le berger qui habite la modeste cabane à l’année, et en épouse du même coup le métier. La vallée d’Aspe, il l’a rencontrée il y a huit ans. En tant que guide.
« J’habite un village de 160 habitants, alors je ne vais pas dire que je viens me ressourcer et fuir le métro »
Passionné de photos, il s’est peu à peu lié d’amitié avec son mentor, auquel il offrit une série de clichés immortalisant la cabane d’Ardinet. Et il n’a pas vraiment hésité lorsque Pierre Claveranne a voulu lui confier, pour l’été, les clés de sa hutte et les 300 brebis qui allaient avec. « J’habite un village de 160 habitants, alors je ne vais pas dire que je viens me ressourcer et fuir le métro », explique humblement ce remplaçant de 29 ans.
N’empêche, bien qu’habitué des paysages bucoliques, l’homme ne cache pas son plaisir de dévoiler son petit coin de montagne. « Ce sont quand même de belles images, non ? »dit-il, avec euphémisme, en désignant ses bêtes. Là, au bout de son doigt, des centaines de têtes paissent dans le brouillard au milieu duquel le vent trimballe le chant des sonnailles. « Je préfère les laisser pâturer à cette heure-là (17 heures), c’est là qu’elles mangent le mieux. » N’allez pourtant pas croire que l’intérimaire grimpe là-haut pour regarder ses brebis gambader. Des premières lueurs du jour, à 5 h 45 du matin, jusqu’à midi, le berger s’attelle à la traite de ses laitières et confectionne ensuite manuellement les fromages.
« Je n’ai pas vraiment d’objectif. C’est plus compliqué de produire sans machine, détaille-t-il. Au vu du travail fourni, le revenu financier que j’en tire est largement mérité. Mais, ça n’a rien à voir avec ce que je gagne dans le Lot. » Et pour cause, les fromages qu’il achemine au pied de la montagne à dos de chevaux sont vendus quasiment deux fois moins cher que dans le Lot.
Quand il pleut, je vous garantis qu’il faut être motivé pour aller soigner les bêtes avec les pieds dans la merde
Alors, pas trop rude la vie d’ermite ? « Non, il y a tout ce qu’il faut ici. J’ai l’électricité et l’eau courante. Le berger a même installé la télé. Mais, je ne la regarde pas chez moi, alors ce n’est pas ici que je vais la regarder. » Quant à la solitude, Frédéric affirme ne pas la ressentir – sa femme et sa fille de 3 mois s’apprêtent d’ailleurs à le rejoindre. « Ça ne me dérange pas. Et puis je croise souvent des randonneurs, et je communique par radio avec les autres bergers. »
S’il se plaît à montrer les charmes de sa vie bucolique, ce gardien de troupeaux remplaçant préfère toutefois dissiper l’impression d’une dolce vita version montagne : « La vie de berger fait rêver. Les gens imaginent les brebis, le grand air et les pissenlits. Mais c’est trompeur. Il ne faut pas vouloir faire ce métier par idéologie. Quand il pleut, je vous garantis qu’il faut être motivé pour aller soigner les bêtes avec les pieds dans la merde. »


