Mobile dans les Pyrénées : rien n’arrêtera la fonte des zones blanches
Le 27 juin 2012 | par Thomas Garabetian
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Les vacances sont l’occasion de se couper du boulot et de mettre de la distance avec le quotidien. A la montagne, les vacances sont aussi un moyen de s’éloigner de la vie en ville, de se rapprocher de la nature. Même si cela implique parfois de ne pas pouvoir utiliser son téléphone portable faute de réseau.
Mais qui parvient réellement à éteindre son téléphone portable pendant ses congés ? Probablement pas grand monde. Interconnexion est le maître mot aujourd’hui avec près de 70 millions de mobiles en France en 2012. Le téléphone est à la fois un outil de travail, indispensable au quotidien et particulièrement utile pour organiser ses vacances. Grâce aux smartphones, le plus parfait néophyte en montagne peut s’orienter sans le moindre souci. Enfin à condition de capter le signal…
Du fait de la faible densité de population les opérateurs ne prennent pas toujours la peine d’installer suffisamment d’antennes relais pour couvrir l’ensemble de massifs aussi vastes que les Pyrénées. Pour cette raison les départements très montagneux possèdent le plus faible taux de couverture du territoire par le réseau de téléphonie mobile. Selon l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) dans les Hautes-Pyrénées ce sont 13,5% du territoire et 1,5% de la population qui se trouvaient en zone blanche en 2009. C’est à dire que 13,5% du territoire du département des Hautes-Pyrénées n’était à cette date pas couvert par l’un des trois opérateurs de téléphonie mobile. Soit le plus faible taux de couverture après celui du département des Hautes-Alpes.
Les opérateurs de téléphonie mobile sont tenus par la loi de mettre à disposition des plans indiquant aux consommateurs la portée de leur réseau. Cependant ces cartes sont élaborées sur la base de données théoriques et ne sont pas vérifiées de manière systématique. Les antennes sont prévues pour émettre dans un rayon d’une trentaine de kilomètres mais le terrain montagneux a des conséquences non négligeables sur la portée effective du réseau.
Ainsi, bien que les stations de ski et les communes soient équipées d’antennes relais on ne “capte” pas partout. Il suffit parfois de s’éloigner des principaux axes routiers pour ne plus être couvert. Entrer dans un bâtiment peut être synonyme de passage en zone blanche. Ainsi les randonneurs ont-ils parfois de mauvaises surprises… en particulier ceux qui comptaient sur le GPS de leur smartphone pour s’orienter!

Capture d'écran de la carte du réseau de téléphonie mobile de Orange (la 3G est en orange foncé et le GSM en orange plus clair).
Car si il n’est déjà pas évident de capter le réseau GSM en montagne, c’est à dire celui qui permet d’envoyer des SMS ou de passer des appels, la 3G est presque inaccessible. Les opérateurs ne s’en cachent d’ailleurs pas : sur les cartes proposées par Orange, SFR, Bouygues ou encore Free Mobile, les Pyrénées sont loin d’être couvertes par la 3G.
Lorsque l’on regarde ces cartes on constate que dans les Pyrénées seules les communes, les stations de ski et les principaux axes routiers disposent d’une couverture du réseau de téléphonie mobile. Mais en observant la distribution de la 3G pour chaque opérateur, on note qu’elle est nettement moins développée que celle du réseau GSM. Free, le petit nouveau, n’a ainsi que très peu d’antennes dans les Pyrénées. La 3G de Bouygues a aussi une présence limitée dans la région. Quant aux deux autres opérateurs, leurs cartes n’affichent pas de résultats beaucoup plus brillants.

Capture d'écran de la carte du réseau de téléphonie mobile de SFR (la 3G est en rouge foncé et le GSM en rouge plus clair)
En prenant la route des Pyrénées, mieux vaut se préparer à se passer d’e-mails, de Youtube et à ne téléphoner que depuis le village. De plus, il ne suffit pas que les cartes réseaux indiquent qu’une zone est couverte pour qu’elle le soit nécessairement. Un rapport du Sénat daté du 11 mars 2011 met en évidence le caractère obsolète des critères qui servent à déterminer si une zone est couverte par le réseau GSM ou non.
“Un territoire y est considéré couvert par un service mobile s’il est possible d’y passer, avec au moins 95 % de taux de réussite, un appel téléphonique et de le maintenir une minute, à l’extérieur des bâtiments, avec un terminal classique, et en position statique.”
Le rapporteur, M. Bruno Sido, souligne dans son texte le manque de pertinence de ces critères par rapport aux usages qui sont faits du téléphone mobile aujourd’hui. En effet l’utilisation du téléphone portable en extérieur est loin d’être systématique, et encore moins en position immobile. C’est particulièrement vrai lorsque l’on s’est égaré en voiture sur des routes de campagne comme c’est si souvent le cas au début des vacances!
En outre, l’un des problèmes que peuvent rencontrer les utilisateurs de smartphones est de basculer automatiquement sur le réseau espagnol pendant une randonnée. Ils risquent alors, avec les fonctions de mise à jour automatique des flux d’informations d’applications comme Facebook, Twitter, Le Monde ou encore la géolocalisation, de se retrouver avec une facture de portable salée à la fin du mois.
Les prix de l’internet mobile depuis l’Espagne pour les français représentent quelques centimes par tranche de 10 kilooctets (ils varient en fonction de l’opérateur). Sachant qu’une photo prise depuis un appareil numérique pèse environ un ou deux megaoctets (soit 1000 ou 2000 Ko) on comprend que la facture puisse monter très vite. A cet égard mieux vaut prendre ses précautions avant de randonner du côté de la frontière, en éteignant son téléphone par exemple.
En résumé, il ne faut pas s’attendre à pouvoir aisément live-twitter ses randonnées ou a envoyer frénétiquement des SMS. Par contre les Pyrénées peuvent être la destination idéale pour se couper d’un monde professionnel de plus en plus intrusif du fait des nouvelles technologies. A tous ceux qui aspirent à des vacances (relativement) coupées du monde, la montagne le permet. Cependant le maillage du réseau progresse (ainsi la fin des zones blanches en Ariège est d’ores et déjà annoncée) alors dans un futur proche pourquoi ne pas s’imaginer poster en direct sur Facebook sa photo en haut du Pic du Midi d’Ossau ?
Pour se garder de toute mauvaise surprise mieux vaut tout de même prévoir une bonne vieille carte IGN lorsque l’on prend la route de la randonnée!







